PSYCHANALYSE : Francis RATIER

ANNEE 2017/2018. Maison de la citoyenneté, 5 rue Mériel, métro Jean Jaurès à 18H30

« Les formes contemporaines du mal être »

Les MARDIS: 23/01 – 06/02 – 06/03 – 03/04 – 22/05 – 

 

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ANNEE 2016/2017:L’ inconscient et le corps:

LE CORPS DANS LA PSYCHANALYSE.

 » Comment à partir d’une expérience de parole et de l’élaboration théorique qui en découle, concevoir le corps et la capacité des mots à l’atteindre?

Plus qu’une théorie, par définition arrêtée, Freud et Lacan proposent à cette question des réponses ouvertes et articulées qui constituent une orientation dans les rapports entretenus par la vie, la jouissance, le corps, la parole, le langage et le sujet. »

Francis Ratier.

En 2017:

Les MARDIS : 10/01 – 07/02- 07/03 –  04/04  – 09/05  – 06/06.

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 En 2016Les malaises dans la civilisation d’aujourd’hui.

Les mardis :

02/02 : Il est où le malaise ?

01/03 : La famille

05/04 : Le couple

03/05 : La guerre

07/06 : « moi » et les « autres »

Lieu : Maison de la Citoyenneté les Minimes 4,place marché aux cochons. Entrée rue Gélibert – Métro ligne B Nougaro

 

La guerre, face obscure de la civilisation

« La guerre, face obscure de la civilisation», ainsi Marie-Hélène Brousse nommait -elle le séminaire qu’elle a animé pendant deux ans dans le cadre de l’Université Populaire Jacques-Lacan. Car au delà du sens qu’elles se sont presque toujours donné, les guerres suivent la civilisation comme son ombre portée, à moins qu’elles ne la précèdent. Elles en constituent la face obscure.

Alors qu’il aborde le continent Histoire, brossant la chronique douloureuse de la guerre du Péloponnèse, Thucydide affirme que toute est guerre est une guerre civile.

Elle oppose le frère au frère, soi à l’autre soi-même, porte à son comble l’agressivité spéculaire, déchaîne « les puissances sombres du surmoi »1  et de la pulsion de mort, fait exister l’Autre majuscule implacable. Elle demeure, plaie ouverte ou cicatrice majeure, dans la mémoire contemporaine.

Les sujets que la psychanalyse considère un à un plongés dans le discours de l’Autre, tiennent à l’Histoire aussi par leur inconscient. Loin de s’exclure l’un l’autre, inconscient et politique se coordonnent, se superposent, se confondent, se fondent :

« L’inconscient, c’est la politique ». 2

« L’Histoire immortelle accomplit des choses étranges en croisant la trajectoire de l’amour des corps mortels [….] » Les mémoires une à une, les traces l’une après l’autre, amènent au jour la façon toujours singulière dont l’inconscient et le discours du Maître s’articulent pour un sujet, mettent en évidence au joint du collectif, comme avatar de l’individuel, et du plus intime du sujet, la frappe unique qui imprimât sa marque.

Freud, Lacan, l’expérience des sujets en analyse, nous permettent de rendre moins opaque le voile jeté sur les traces psychiques laissées par la Guerre d’Espagne dans l’inconscient de nos contemporains, dans le nôtre d’abord.

Comment s’est-elle inscrite dans la mémoire des sujets ? Progressivement écrite dans le grand livre de l’Histoire qui avale tout, terrible et douloureuse mais inactive à jamais ? Inoubliable parce que refoulée comme Freud en démontre le mécanisme dans son Moïse et le monothéisme ? Comme un blanc saturé de vide? Ou bien un trou, un trou actif sans bord ni limite, sur le modèle de la forclusion ?

Notes

1) Lacan J., « La psychiatrie anglaise et la guerre », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.120.

2)  Lacan J., « La logique du fantasme », leçon du 10 mai 196, inédit.

3) Grandes A., Inés et la joie, JC Lattès, 2012, p. 72.

Francis Ratier

 

Articles:

ARMES EN PEINE Par Robert Maggiori(http://www.liberation.fr/auteur/1951-robertmaggiori) — 7 janvier 2015 à 17:16

Les dégâts de la guerre dans les consciences vus par une batterie de psys La «drôle de guerre» est loin, la «drone de guerre» proche. Les combattants seront rivés à leurs écrans, aveugles aux massacres que causent les tirs de missiles de leurs aéronefs inhabités. A l’horizon 2040­ 2050, on aura mis au point des «robots létaux autonomes», RLA, qui n’agiront jamais «par désir de vengeance, sous l’emprise de la panique, de la peur ou de la colère», et épargneront aux hommes l’horreur de  tuer ou d’être tués par les mains ensanglantées d’autres hommes. Fiction. Le drone télécommandé aussi provoque le «retour du regard». Comme l’écrit Guy Briole, «pas si facile qu’il y paraît de rentrer ensuite chez soi, vivre sa vie, quand le sang versé s’est figé dans les pixels de couleurs très vives et que ces images, surgies le plus souvent à des dizaines de milliers de kilomètres, vous poursuivent, même si vous gardez maintenant les yeux fermés pour tenter de les dissiper. Comme dans tout traumatisme, le regard est central, celui de la visée comme celui qui vise en retour et qui ne lâche plus. Le viseur se voit visé par sa cible qui, d’image, se fait présente d’être un homme, une femme, un enfant auquel on vient de donner la mort». Jamais on n’échappe aux dégâts psychiques et physiques de la guerre, quelle qu’en soit la forme. «Laboratoire». Freud, se référant au premier conflit mondial, considérait que les névroses de guerre étaient des affections énigmatiques distinctes de l’hystérie et des névroses traumatiques de paix. C’est cette «énigme» que, dans une perspective freudienne et lacanienne, tente d’éclaircir la Psychanalyse à l’épreuve de la guerre. Toujours traumatisante, l’expérience des guerres y est envisagée comme un «laboratoire du psychisme», confronté aux conflits (ici de la guerre d’Espagne ou d’Algérie à la guerre du Kippour, des deux conflits mondiaux aux guerres civiles en Amérique du Sud ou aux «guerres locales» d’aujourd’hui), dont les formes et les modalités, tout en conservant la mort au centre, n’ont cessé de varier, au point d’«épouser la modernité» et de manifester «les traits de l’époque qui est la nôtre en ce début de XXI siècle», à savoir : «le déclin du père et du nom au profit du chiffre, des fonctions et des procédures standardisées ; à la place de l’Autre, les Uns­tout­seul qui modifient le concept même de foules et de masses ; les écrans qui permettent de tout voir et de tout savoir…» L’ouvrage a deux volets, «l’un clinique, l’autre épistémique». Dans le premier, c’est la parole recueillie durant la cure qui est restituée, celle d’analysants marqués par la violence d’un conflit armé, la captivité, les traces de ce qu’ont vécu leurs ascendants, ou encore la parole d’écrivains (Aharon Appelfeld, Imre Kertész, Paul Celan, Jean Paulhan). Dans le second, sont analysés «les facteurs inconscients en jeu dans les guerres». Double approche, donc : «ce que la guerre enseigne à la psychanalyse et ce que la psychanalyse peut enseigner sur la guerre». On ne saurait synthétiser la trentaine de contributions qui composent la Psychanalyse à l’épreuve de la guerre. Plusieurs d’entre elles reviennent sur les arguments qu’en 1932 Freud propose à Albert Einstein, qui lui demandait s’il existe des moyens d’affranchir les hommes de la menace de la guerre. Le Viennois en cite cinq : le droit, la désintrication des pulsions érotiques et thanatiques, le refoulement, la potentialisation du Surmoi, le «traitement de l’identification», à savoir l’amour ou le renforcement de l’«l’identification imaginaire au semblable, du même au même, pour accroître le sentiment communautaire, qui s’oppose à la guerre». Puis communique son idée centrale : «Tout ce qui travaille au développement de la culture travaille aussi contre la guerre.» En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d’intérêt.

«Sacrifice».

Francis Ratier, entre autres, juge les réponses de Freud «possibles et insatisfaisantes» : elles n’expliquent pas comment juguler les pulsions agressives et meurtrières, puisque celles-­ci continuent à se déchaîner. C’est donc que «quelque chose en l’homme veut la guerre». Certes, la culture participe au «traitement, en chacun, de la pulsion de mort», mais ne la délie pas, ce qui le rendrait exsangue, des autres pulsions. Sans même considérer que «la guerre suscite aussi, parfois, souvent, l’enthousiasme, s’empare du monde et le rend fou, ivre de sacrifice, de la joie de tuer et de la rage de mourir», il faut reconnaître, ne serait­ce que parce qu’elle «entraîne de fulgurants progrès dans de nombreux domaines, modifie en profondeur les sociétés», qu’elle est dans la civilisation, car la civilisation «n’est pas le contraire de la pulsion de mort, ni même son frein, mais constitue plutôt son cheval de Troie, le lieu et le moyen de son déchaînement». Aristote pensait que «le but de la guerre, c’est la paix». Mais comme la civilisation est allée sans fin de guerre en guerre, c’est la paix qui apparaît comme horizon fantasmatique, ou délire. Tout développement scientifique s’est plus ou moins perverti en développement des techniques de massacre. Aussi le seul misérable espoir qu’on peut avoir, c’est que science et technique fassent que, s’il demeure des victimes et des tués, il n’y ait plus, au moins, de bourreaux et de tueurs ­ autrement dit que de l’extermination de l’ennemi, «Personne» ne soit responsable, sauf un «Œil absolu» (Gérard Wajcman) qui du ciel surveille, calcule et élimine. Le drone Predator.

Marie­Hélène Brousse (sous la direction de) La psychanalyse à l’épreuve de la guerre Berg International, 264 pp., 19 €.

 

image du livre