HISTOIRE : Henri DEL PUP

Année 2017/2018

 

     Citoyenneté(s): Histoire d’un mot politique

18H30 les:

Mardi 17/10/2017: Citoyenneté(s) mais de quoi parle-t-on?

Mardi 21/11/2017: Aux armes citoyens! de l’hoplite au citoyen, émergence du citoyen dans la Grèce ancienne.

Mardi 05/12/2017: Lex dura sed lex sous le signe de la Loi, le citoyen Romain.

Mardi 30/01/2018: L’empire du privilège: sujet ou déjà citoyen? le chaudron médiéval où mijote l’enracinement tribal, des lambeaux romains et l’universalisme chrétien.

Mardi 27/03/2018:Citoyen ou patriote: La révolution, de droit des peuples à disposer d’eux mêmes et l’Etat-nation

Mardi 17/04/2018: Et maintenant? citoyen et mondialisation.

Lieu: Espace diversités et Laïcité 28 rue d’Aubuisson, métro Jean Jaurès.

 

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Année 2016/2017: Migrations et migrants.

 

Mardi 25/10 : Migrants qui es tu? Sociologie et géologie des migrations.

Mardi 28/11: Migrants depuis quand es tu en route? Histoire de migrations.

! SAMEDI 17/12 à 14h30: Migrants que viens tu faire chez moi? Histoire des représentations/réceptions des migrants.

Mardi 24/01: La France a t elle  été et reste t elle une terre d’asile? Histoire des migrations en France XIXème – XXème Siècle.

! JEUDI 16/03: Et maintenant? Actualités des migrations en Europe.

 

MIGRANTS et MIGRATIONS. Résumé 2 par Henri Del Pup

Migrant : depuis quand es-tu en route ?

Histoire des migrations humaines

 Le terme de « migrants », couvrant des situations variées voire antagonistes, réfère surtout aux déplacements internationaux.

            Il n’en a pas toujours été ainsi. Les constructions politiques renvoyaient d’abord à des allégeances à un chef de guerre, guide spirituel, juge suprême… Dans ce contexte, dominer des hommes a plus d’importance que maîtriser des territoires.

            Mais si la migration devient un déplacement sur des territoires plus ou moins lointains, sans esprit de retour, elle remonte loin dans le passé. On peut même considérer qu’elle caractérise « l’aventure humaine ».

            Dès lors, on peut examiner:

1: quand la migration s’apparente à un phénomène « naturel »

 Certains voient le plus vieil ancêtre de l’humanité dans le Ramapithèque, il y a environ 10 millions d’années. Il vivait en Afrique. l’Australopithèque, 4,5 millions d’années, retenu encore comme notre ancêtre, se rencontrait aussi en Afrique. Avec Lucy, trouvée en Éthiopie et Abel, au Tchad, font de ce continent « le berceau de l’humanité ».

  L’ Homo Habilis, 2,3 millions d’années, serait le premier hominidé à quitter l’Afrique. Il pourrait donc être le « 1er migrant ». Homo Erectus puis L’Homo sapiens sapiens achèvent la « colonisation » de la Terre qui compterait alors 6 millions d’humains environ. Cette expansion se fait par migrations. Cette humanité nomadise. La maîtrise de l’agriculture et la sédentarisation qui l’accompagne ne mettent pas fin à cette situation. En Europe, des premiers villages du Jourdain, ce nouveau mode de vie progresse par des mouvements de populations. En France, elle passe à la fois par des pécheurs venus de Grèce, Italie, Espagne et par des Danubiens venus d’Europe centrale qui s’installent dans le Bassin parisien  La population humaine atteindrait alors les 80 millions d’individus. La Bible rapporte l’histoire des Hébreux sous Abraham, celle de tribus en mouvement depuis le sud de la Mésopotamie vers la Terre Promise. Homère a raconté les aventures des Achéens avec l’Iliade et l’Odyssée. Les Spartiates se disaient descendants de Doriens venus d’Anatolie. Ce que les historiens décrivent comme une « colonisation », montre la multiplication de cités grecques hors de Grèce en particulier vers le Bosphore et la Mer Noire, vers la Sicile et l’Italie du Sud et vers le fond du bassin occidental de la Méditerranée. En France, on doit à ce mouvement, la fondation de Massalia, de Nice, d’Antibes, d’Agde, etc.

            Tite-Live fait remonter le peuplement du Latium à des Troyens fuyant leur cité après sa conquête. Il dit aussi l’expansion des Celtes qui occupent durablement la plaine du Pô au point d’en faire une Gaule cisalpine, pendant d’une Gaule transalpine. On les retrouve au Proche-Orient où Paul de Tarse leur écrit ses Lettres aux Galates.

            Rome elle-même naît de migrants chassés par une crise tant sociale que politique. Les dettes agraires minent les institutions. La République cherche à restaurer sa légitimité soit en les abolissant soit en partageant une partie de l’ager publicus ou en fondant des « colonies ». On prête à Ancus Martius, 4ème des 7 rois légendaires de Rome (-641/616) la fondation d’Ostie prélude à la fondation d’une dizaine de cités, d’abord dans le Latium, puis dans toute l’Italie péninsulaire enfin partout où Rome impose son imperium. Les légions et les vétérans de l’armée romaine contribuent au mouvement. Ceux de la Xème Légion peuplent Narbonne (-118). Ils donnent naissance à Aix en Provence et à Toulouse, entre autres.

  Les déplacements de populations continuent tout au long du Moyen-âge voire des Temps modernes. Ils traduisent un double phénomène : l’un d’ordre géographique, l’Europe, péninsule occidentale de l’Eurasie, bute sur l’Océan atlantique, obstacle longtemps infranchissable. Des nomades d’Asie centrale provoquent les « grandes invasions » (« les dernières migrations » dans l’historiographie allemande). L’autre mobile des migrations s’explique par la persistance d’une agriculture largement extensive. Des Normands (= hommes du Nord : Danois, Norvégiens, etc.) s’installent durablement en Flandres, Bassin de Londres et Basse Seine au cours du X°S. (Rollon et le Traité de Saint Clair s/Epte, 911). A la génération suivante, ils occupent le Sud de l’Italie et la Sicile qu’ils érigent en royaume. Une génération encore, on les retrouve à la tête de la Principauté d’Antioche (1098). Dans une certaine mesure, les « grandes découvertes » du XVI°S. peuvent s’interpréter comme le prolongement d’habitudes anciennes : la faim de terres du paysan européen et la réponse à des problèmes politique et religieux : les minorités confessionnelles dans des États qui évoluent vers l’absolutisme. Le XIX°S. marque une rupture. Démographiquement, les Européens transitent d’une situation stable marquée par une forte natalité accompagnée d’une forte mortalité (la démographie d’Ancien Régime) vers une nouvelle situation stable caractérisée par une faible natalité et une faible mortalité (la démographie actuelle). Entre temps, la mortalité recule tandis que se maintient la natalité. Là réside la nouveauté. Les enfants qui naissent vivent. Ce qui se traduit par une forte augmentation de la population accentuée par un allongement de l’espérance de vie. L’Europe passe de 190 millions d’âmes vers 1800 (1/5ème de la population mondiale) à 420 millions vers 1900 (soit ¼). Ce phénomène inspire Thomas Malthus et prépare l’expansion massive des Européens outre-mer.

 Techniquement, la « révolution industrielle » donne une ampleur inconnue aux mouvements de populations. Le bateau à vapeur réduit les coûts et permet d’emporter encore plus de passagers à l’image du Great Eastern, ou du Titanic. Entre 1855 et 1890, 8 millions d’Européens débarquent aux États-Unis. Et à peu près autant entre cette date et la veille du 1er conflit mondial. Il le fait aussi plus vite : 26 jours en1879 mais 4 en 1911, sans les pertes à bord : entre 10 et 15%, vers 1850. Mais la Révolution industrielle voit aussi la paupérisation des artisans que la machine-outil transforme en simple force de travail, effaçant leur savoir faire. La révolte des canuts lyonnais dans les années 1830, en témoigne. la Révolution industrielle modifie non seulement les rapports de l’homme à son travail, le rendant plus pénible, mais aussi l’organisation de la production. Les villes s’imposent débordant en banlieues et faubourgs. Les campagnes se vident. L’exode rural dit une fuite de la  pauvreté plus qu’un appel de l’usine. Le déracinement et la désespérance vont avec la misère dénoncée avec l’alcoolisme et la prostitution. Il alimente l’émigration. l’État-nation, conjonction d’une notion d’ordre politique et juridique (l’État) et d’une notion d’ordre identitaire (la nation) entend réunir les populations autour d’une conscience nationale portée par l’école et le service militaire. Il invente un imaginaire national ambivalent fait de méfiance de l’Étranger (héritage grec) combiné à l’héritage romain, assimilationniste. In fine, cet État-nation tend à effacer les différences et à nier les minorités. En France, la Réaction parle bas-Breton (abbé Grégoire) et il faut tout refuser aux Juifs comme nation, et tout accorder aux Juifs comme individu (Clermont-Tonnerre, 1789). LAllemagne, référant à l’appartenance à une communauté historique, culturelle et linguistique, exclue les minorités. Le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes généralise cet État-nation. L’immigré et les minorités « nationales », en font les frais, restant un « hôte » du pays (l’Allemagne, jusqu’à une date très récente) soit il s’assimile : la France.

 Refuser ce diktat de l’État-nation revient à s’exiler. Mais il faut avoir « des papiers » : passeport ou carte d’identité. L’histoire du passeport montre une histoire du contrôle et de la méfiance qui accompagne l’affirmation des États-nations. C’est manifeste après la 1ère Guerre mondiale. La 2ème Guerre Mondiale amplifie le phénomène. La peur des infiltrations extérieures et de l’immigration massive des fuyards les violences servent à justifier une fermeture des frontières. L’annulation des passeports conduit à l’introduction du « passeport Nansen »[1] qui devait rester temporaire.

            Mais le provisoire dure.

Conclusions :

1: l’humanité se caractérise par le nomadisme : l’être humain bouge, va et vient. Et ce en dépit des frontières et des « papiers » réclamés par les États-nations, créations récentes.

2: Partir ne signifie pas choisir mais refuser de subir. Émigrer dit se révolter. L’acte reste douloureux parce qu’il notifie un rejet. Celui qui s’en va le fait contraint et obligé. Il sent ou « on » lui fait sentir qu’il n’a plus sa place chez lui. La curiosité de l’Ailleurs touche peu de migrants.

3: le « pain que mange l’immigré provient de son travail ». Il ne vole rien à personne. Bien au contraire, souvent il ne profite pas de tous les fruits de son travail, victime des législations et des usages locaux ; lésé par son ignorance (volontiers entretenu) de ses droits.

    Là le réel se heurte à l’imaginaire.

[1]Un document d’identification et de voyage pour les réfugié-e-s russes (1922). Les gouvernements pourraient délivrer le document sans accorder la citoyenneté aux «immigré-e-s». Plus de 50 gouvernements ont convenu de ses termes. Plus tard, le passeport Nansen a été élargi à des Assyrien-ne-s et d’autres minorités chrétiennes.

 

 

LIEU: Espace diversités et Laïcité Rue d’Aubuisson métro Jean Jaurès.

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Année 2015/2016

L’Europe : d’une idée à l’Union Européenne: Le mardi de 18H30 à 20H30

06/10 : De quoi parle-t-on ? Géohistoire d’un nom.

03/11 : L’idée Européenne : une idée neuve ?

01/12 : Et alors Messieurs les Anglais ? Du conseil de l’Europe à la              

            communauté économique européenne ( C.E.E)

05/01 : Quoi, les nationalistes ? De Maastricht à l’échec du projet  

            constitutionnel

02/02 : Comment les lendemains ne chantent pas. L’Union Européenne  

            dans les crises du XXI ème siècle.

01/03 : L’Union Européenne : quel avenir ?

05/04: Projets constitutionnels.

17/05: Questions autour du fédéralisme Européen.

 

Lieu : Maison de la citoyenneté, 8 Av du Parc  – Métro Roseraie