Dernière séance de Henri Del PUP : cycle « migrants et migrations »

Et maintenant ?

Les Européens face aux mouvements migratoires

Introduction :

Le monde d’aujourd’hui se caractérise par le « mouvement », la fluidité, les mutations. D’une société agraire, relativement stable, enracinée, on a évolué vers une société urbaine relativement mouvante.    Conséquences : les migrations ; Aussi : et maintenant ?

1: Retour sur un état des lieux.

1.1 : quelques chiffres

  • « migrants » : 2016 : autour de 400 000 (387 739 !) contre environ 1 million en 2015 ; en fait de nombreux demandeurs d’asile accompagnés de « travailleurs-migrants »
    • venant de Grèce : 177 000 Syriens (46%), Afghans (24%), Irakiens (15%) etc.
    • venant d’Italie : 181 000 : Nigérians (21%), Érythréens (11,5%), Guinéens (7,5%) etc.
    • venant de Bulgarie (16 000) et d’Espagne (13 000), etc.
  • « travailleurs-migrants : 76 millions vers l’Europe dont 50/60 vers l’U.E (moins de 10% de la population de l’UE.
  • « apatrides » 12 000 vers l’U.E.

Bref, modestie des chiffres mais drames humains que l’on croyait oubliés ou réservés à quelques coins du Monde éloignés de l’U.E.

1.2 : les migrations et l’intergouvernemental

L’U.E. reste un OCNI (Objet constitutionnel non identifié) organisé par

  • les Accords de Schengen (1985-1995), le Règlement de Dublin (2011/2013 qui remplace la Convention de Dublin 1990) et le Régime d’Asile européen commun (2011) et aussi ;
  • Frontex (2004 modifié 2016)
  • Europol (1999)

En fait, les États restent largement souverains et entendent imposer leurs décisions nationales, quitte à dévoyer les termes des accords et conventions signées (cf Schengen)

1.3 : Conséquences

Inapplications des décisions prises dans le cadre du Plan de Relocalisation des Migrants. En 2015, 160 000 personnes admises au bénéfice du Plan (sur 400 000) et au final autour de 6 500 effectivement relocalisés (4 500 depuis la Grèce, 2000 depuis l’Italie). C’est que :

  • pour les « migrants » : les retours « volontaires » 85 000 (2016) contre 70 000 (2015) motivés par le découragement, la fatigue ou la peur (V. Orban, G. Widers, M. Le Pen,)
  • pour les États et les citoyens : indifférence, défiance, rejet  (« populisme » à base de xénophobie et de racisme) ; durcissement des conditions d’accès (cf le Danemark)
  • pour l’ U.E : « solidarité flexible » qui signifie :
    • refus d’accueil par l’Autriche, le Danemark, la Hongrie, la Pologne ;
    • accueil réservé à ceux/celles venant de Grèce : Bulgarie, Estonie, Lituanie, Irlande, Slovaquie ;
    • accueil réservé à ceux/celles venant d’Italie : Suède.

2: Quel avenir ?

2.1 : données conjoncturelles : répondre à une situation de crise à solution rapide quand elle a la forme

  • de la guerre
    • Al Quaïda (créé en 1988 sur le déclin dès 2011) et de ses « succursales »
      • Aqmi : Sud algérien, Nord Mali, Niger occidental, Mauritanie orient.
      • Boko Haram : Nigeria
    • DAECH (2006 Mésopotamie) décline sous l’effet de la baisse du prix des hydrocarbures et de la contraction des zones d’influence.
  • des crises alimentaires qui voient l’intervention efficace des ONG spécialisées

2.2 : données structurelles : tenter de résoudre une donnée de fond qui exige temps et volonté :

  • Proche/Moyen Orient : 1947 « Nakba » : 3,6 millions de réfugiés dont 1/3 dans des camps ; attitude des USA ;
  • Le mal-développement : Afrique, Asie (Inde) : néocolonialisme et rôle des USA qui cherche à favoriser systématiquement ses entreprises sous couleur de défendre le « monde libre »

2.3 : de grandes questions pendantes

  • la religion dans la Société ;
  • l’économie et le développement ;
  • le libertarisme en politique.

3 : que faire ? L’éternelle question au cœur du débat entre les citoyens

3.1 : complexité de la question en raison de contradictions fondamentales :

  • tradition d’accueil (cf. Odyssée, Eschyle des Suppliantes, Christianisme, etc;) vs l’aspiration à vivre « chez soi » et « entre soi » ;
  • l’interdépendance du monde (« mondialisation ») et le nationalisme et sa volonté de repli sur son territoire (Brexit, America first)

3.2 : recevoir et expliquer : les Européens depuis le XVI°S. (voire avant avec les Croisades) ont cherché hors d’Europe la solution à leurs crises provoquées leurs mutations économiques et sociales ; leurs guerres ; leur incapacité à satisfaire les besoins fondamentaux de leurs population. Ce n’est qu’en « renvoi d’ascenseur ». Pour autant, la complexité reste :

  • versants natifs :
    • politique d’asile vs politiques des étrangers : les « quotas » ;
    • revoir Dublin ;
    • applique intégralement les accords et conventions existantes.
  • versants « migrants » :
    • le droit d’asile vs le droit de séjour permanent ;
    • la question de la violence terroriste ;
    • la question de la pratique démocratique.

3.3 : Réformer :

  • en faisant de l’ U.E un véritable Etat doté de frontières, gardés par des forces européennes obéissant à un gouvernement élu et responsable
  • en développant la traduction des grandes œuvres littéraires ( véritable hospitalité langagière Paul Ricoeur) avant de restaurer une lingua franca commune à chacun et propriété de tous (comme le latin!)
  • en instaurant une « hospitalité civique » qui exprime un nouveau Projet de Paix perpétuelle (pour renouveler le texte de E. Kant) appuyé sur l’assentiment de chacun, l’expérience des réseaux associatifs et en prise avec une des plus vieilles traditions de l’Humanité : respecter l’Étranger.

Conclusion : les frontières, nécessaires en l’état actuel, ne peuvent devenir des murs au pied desquels meurt l’Etranger. L’unité de l’Humanité l’emporte sur les différences des humains. L’identité se dit au pluriel. La démocratie, par le débat, la controverse permet la rencontre, annihile les peurs, nourrit la confiance et permet de pense à un avenir commun.