Cycle Philosophie : Elisabeth RIGAL

 

 QUI SUIS-JE ?

(La question du sujet :

Approches et controverses)

 

ARGUMENTAIRE :

Nous vivons aujourd’hui une époque où l’image du moi fait l’objet d’un véritable culte. En témoignent, entre autres choses, la prolifération des « selfies » et la diffusion de recettes en tout genre visant à nous apprendre à nous auto-affirmer plutôt qu’à nous responsabiliser. Le risque est donc que nous ne nous transformions en de nouveaux Narcisse(s) menacés de périr fascinés par leur propre reflet, pour n’avoir pas su distinguer le Soi de l’image de soi — autrement dit, pour n’avoir pas entendu la leçon de Rousseau qui expliquait que « l’amour de soi » n’a rien à voir avec « l’amour propre ».

Nous nous attacherons à entendre cette leçon en soumettant à l’examen deux grands problèmes connexes que les philosophes ont, depuis Descartes placée au cœur de leur propos : le problème du sujet et celui de la conscience. Et nous nous demanderons quels éléments de réponse à la question « Qui suis-je ? » nous sont apportés par Descartes, Locke, Kant, et les « philosophes du soupçon » (Marx, Nietzsche et Freud), et plus près de nous, par le Heidegger d’Être et temps et par Michel Foucault.

SÉANCES 1-3

1ère séance ( Jeudi 04/10/2018)

« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

(Introduction générale  au cycle):

Socrate a fait sien le précepte inscrit sur le fronton d’un temple de Delphes : « Connais-toi toi-même », et il a défini la philosophie comme recherche de la sagesse, en référence à ce précepte qu’un certain nombre de philosophes ont ensuite réinterprété.

Pour donner un premier aperçu des problèmes que soulève la question « Qui suis-je ? », nous présenterons quelques unes de ces interprétations : celles de Platon et de St Augustin (qui témoigne de l’impact du christianisme sur les questions de la philosophie), mais aussi celles de Nietzsche, de la psychanalyse et de Michel Foucault, dont les derniers travaux portent sur le « souci de soi ».

2ème séance:(  Jeudi 08/11/2018)

L’EGO SOUVERAIN : DESCARTES

« Je pense, donc je suis », affirme Descartes, en lequel on a reconnu l’inventeur du sujet. Son grand problème n’est pas celui de la connaissance de soi, mais un problème voisin : le problème de la certitude. Et selon lui, il n’y a de certitude que là où il y a un sujet pensant, capable de juger par lui-même ; et, pour se constituer en sujet, l’individu doit mettre en doute toutes les opinions auxquelles il a jusque-là adhéré, afin de découvrir en lui-même les « semences de vérité ».

Nous analyserons l’invention cartésienne du sujet et nous montrerons qu’elle recèle un paradoxe qui a donné beaucoup de fil à retordre aux successeurs de Descartes. Selon ce paradoxe, l’ego souverain possède une existence singulière, mais il porte en lui l’universel.

3ème séance: ( Jeudi 06/12/2018)

QU’EST-CE QUE LA CONSCIENCE ?

Les débats entre philosophes classiques sur le “je” jouent sur la polysémie de la notion de “conscience” — notion qui ne désigne pas seulement la conscience immédiate (celle de l’homme éveillé) et la conscience réflexive (la capacité de corriger les erreurs de la conscience immédiate), mais aussi la conscience morale (la conscience de la faute).

Notre troisième séance montrera comment le philosophe anglais John Locke a, le premier, développé une philosophie de la conscience qui articule ces trois sens de la notion de conscience, et elle analysera les objections que la philosophie lockéenne de la conscience l’analyse a adressées à la philosophie cartésienne du sujet.